Dessine-moi un parti

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Changer le PS, c’est aider le changement!

Chère camarade, cher camarade,
Combien de temps allons-nous continuer ainsi ? À chaque Congrès, nous n’aurions d’autre choix que de nous taire ou de nous diviser ? À de pareilles conditions, jamais notre parti ne changera ! Pourquoi t’écrivons-nous ? Parce que nous devons prendre nos affaires en mains. De quoi voulons-nous te parler ? Du rôle que nous voulons faire jouer à notre parti.
Pourquoi voulons-nous placer cette question au cœur de notre Congrès ? Parce qu’elle détermine toutes les autres.

Quels sont les enjeux ?
D’abord, aborder de front les problèmes du pays : le PS a un devoir de lucidité.
Ensuite, saisir les mouvements de la société : le PS a un devoir de représentativité.
Enfin, préparer l’avenir : le PS a un devoir de renouvellement.
Mais notre parti y est-il aujourd’hui vraiment préparé ? Son organisation actuelle nous permet-elle de répondre aux défis politiques et idéologiques auxquels notre pays est confronté ? La réponse est non. Trop de tabous ! Trop de verrous !
Dessine-moi un parti est une invitation à réfléchir et à construire un Parti Socialiste capable de réconcilier nos concitoyens, de tous âges et de toutes conditions, avec la politique. À permettre à notre organisation, dans la suite des Primaires, de franchir une nouvelle étape. À garder un coup d’avance en imaginant un PS innovant, paritaire et visionnaire.
Dessine-moi un parti est composé de militants qui ont choisi de se libérer du carcan des courants pour mieux réfléchir et travailler ensemble. N’est-ce pas le meilleur moyen de transformer des critiques que nous partageons tous en actes positifs autour desquels se rassembler ?
Quel parti voulons-nous ?
Un parti ouvert, où la frontière entre militants et sympathisants est facile à franchir. Un parti où sauter le pas de l’adhésion est aisé. Un parti où les idées et les capacités personnelles de ses membres sont recherchées, reconnues, valorisées et cultivées. Un parti qui consulte largement syndicats, associations, mouvements associatifs. Un parti où il fait bon militer, travailler et s’engager.
Un parti exemplaire, qui pratique sans états d’âme le non cumul des mandats. Un parti qui traduise dans son organisation quotidienne l’égalité des sexes. Un parti d’où le clientélisme et la fraude sont rigoureusement bannis. Un parti encore plus à l’image de ses valeurs : humilité, simplicité, collégialité, responsabilité, humanité.
Un parti innovant du point de vue démocratique, dont les candidats sont désignés au terme d’un processus ouvert et transparent. Un parti qui met au centre ses adhérents. Un parti plus décentralisé qui rapproche de ses membres le pouvoir de décider. En un mot, un parti qui, par sa manière de débattre et de travailler, donne envie d’être socialiste.
C’est dans cet esprit que nous présenterons un projet de modification de nos statuts pour changer nos règles de fonctionnement et reconstruire le PS autour un triptyque simple : exemplarité, ouverture et collégialité.
Ce parti est à notre portée.
Sur les formidables acquis d’une organisation centenaire, il n’appartient qu’à nous, à toi, de bâtir ce parti d’aujourd’hui, mutualisant les compétences, les réflexions, les expériences.
Un parti qui, branché sur les travaux des chercheurs comme des philosophes, relève les défis du temps en misant sur l’intelligence collective.
Un parti qui, par son organisation, porte les dynamiques de transformation de notre société dont les prémisses sont partout, des Indignés aux mobilisations citoyennes pour un juste échange.
Un parti qui, au moment où chacun cherche à gagner de nouveaux espaces de liberté, s’appuie sur la créativité, l’imagination, la générosité de ses membres.
Un parti qui valorise tous les talents dès lors qu’ils sont mis au service de la collectivité.
Un parti suffisamment proche des gens pour pouvoir établir entre eux et le gouvernement un rapport d’écoute et de confiance.
Un parti qui, dans ce moment si difficile, sache inventer une voie nouvelle et s’engage pleinement dans la construction de la gauche européenne.
Nous avons besoin d’un parti qui débatte sans se déchirer, qui gouverne sans s’isoler, qui réfléchisse sans préjugés, qui se renouvelle sans se renier.
Ce parti est à notre portée. Nous avons besoin de ta créativité, de ton engagement et de ton énergie. Collectivement, nous serons plus innovants.
Ce parti, dessinons-le ensemble !
Juliette MÉADEL, Gaëtan GORCE,
et les membres fondateurs
du collectif « Dessine-moi un parti »
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Notre Congrès ne doit ressembler à aucun de ceux qui l’ont précédé.
Nous aimons notre parti et nous croyons dans l’esprit d’unité et le goût de la liberté de ses membres, comme dans la force de ses idées. Mais, comme vous, nous ne nous reconnaissons plus dans les luttes d’appareil, la cooptation ou les querelles d’ego.
C’est donc autour d’une nouvelle manière de réfléchir et de travailler ensemble que nous proposons aux Socialistes de se rassembler.
La période nous y invite. La situation nous y pousse. Ni parti godillot, ni mini-foyer d’opposition, notre parti doit devenir au contraire le partenaire politique à part entière du gouvernement. L’abstention record aux législatives et le désintérêt grandissant marqué par nos concitoyens pour la politique rendent nécessaire de notre part un effort sans précédent. Aussi nous appartient-il de saisir l’opportunité de ce Congrès pour définir et mettre en œuvre les changements qui nous permettront de renouveler les formes d’une organisation plus que centenaire. L’innovation doit être notre horizon ! Nous ne pourrons pas redonner confiance dans la politique, retrouver l’oreille de nos concitoyens, porter une véritable dynamique de transformation si nous n’inventons pas de nouvelles formes de fonctionnement.
Aussi nous retrouvons-nous dans la volonté de transformer les règles internes de notre maison commune !
Être en phase avec les enjeux et les aspirations de notre temps nécessite le décloisonnement d’un parti devenu au fil des ans un parti d’experts de la politique, recroquevillés dans une sphère de plus en plus imperméable aux bruits externes, au sens commun.
Être en mesure de penser le monde et d’y apporter une vision, un cap, un programme demande de faire vivre le lien – partiellement retrouvé mais jamais vraiment retissé – avec les intellectuels, les universitaires, les syndicats, les associations et les citoyens de tout lieu et de tout horizon.
Être un parti politique tourné vers l’action collective a pour corollaire la maîtrise de la gestion de l’organisation et des relations de pouvoir en son sein. Osons le dire : le système actuel des motions paralyse tout. Pas une commission qui ne soit soumise à la répartition à la proportionnelle entre motions, où l’énergie engagée par chacun s’annule mutuellement. Passons à un autre mode d’organisation !
Être un parti moderne et éthique, un parti de Gauche tout simplement, exige, à tous les niveaux, une égalité femme/homme effective, une place de choix faite à sa jeunesse, et une représentativité sociale dans ses instances. Une humilité aussi face aux avantages du pouvoir, à l’attrait de la puissance ou de l’argent.
Être un parti politique européen, à l’heure où l’Union européenne se trouve au pied du mur, appelle une coopération étroite, quotidienne, avec le Parti socialiste européen. Cela nécessite aussi des prises de position claires sur l’ensemble des questions européennes. L’alternance à Gauche en Europe pour sortir celle-ci de l’ornière néolibérale passe par la construction d’une gauche européenne. Alors bâtissons-la !
Oui, changer le Parti socialiste, c’est bien aider le changement !
OUVRIR, INNOVER, DÉMOCRATISER : FAIRE SAUTER LES VERROUS !
L’urgence est de combattre le divorce qui s’approfondit entre des partis enfermés dans des pratiques héritées du monde d’hier et une société plus mobile, plus créative mais aussi plus défiante à l’égard des pouvoirs.
De ce mouvement démocratique, le Parti socialiste ne peut rester à l’écart !
Peu de femmes, presque pas de jeunes ni d’ouvriers, des cadres qui se ressemblent par leurs profils et leurs parcours, la composition des instances dirigeantes n’est-elle pas verrouillée ?
Il est temps d’incarner l’idée socialiste dans un parti d’une forme inédite. Il est bien à ce stade question de changer : et d’abord notre rapport au pouvoir, à la prise de décision, à la transmission des idées et de l’information, à l’échange avec l’extérieur, à la sélection de nos élites politiques nationales comme locales et plus simplement à la question du pluralisme et du débat démocratique.
1. Ouvrir le Parti Socialiste !
Pour être utile, le Parti socialiste doit vivre non pas tant au rythme du pouvoir qu’à celui des préoccupations des Français. Aussi doit-il s’ouvrir sur la société en diversifiant les profils de ses cadres et en levant les obstacles qui découragent l’adhésion ou la participation à ses débats. La mobilisation des 800.000 électeurs aux Primaires qui ont souhaité rester en contact avec nous doit constituer notre priorité. Associés aux votes pour la désignation de nos candidats grâce aux Primaires citoyennes, nos sympathisants doivent l’être aussi à l’élaboration de nos propositions politiques, grâce à la multiplication d’espaces ouverts et décentralisés d’échange et de participation.
Une telle évolution va de pair avec la transformation de nos sections en véritables ateliers de débat et de mobilisation, pour permettre à celles et ceux qui le souhaitent d’apporter leur compétence et leur expérience. Se dessinera alors un parti moderne, citoyen, bouillonnant à la base, offrant à ses membres une vraie capacité de participation et d’expression. C’est dans cet esprit que nous encouragerons le travail des sections d’entreprise ou universitaires. C’est également dans cet esprit que nous devrons nous mobiliser pour reconquérir l’ensemble des classes populaires. Partout où il y a des inégalités et où les Français sont victimes de la crise économique, le Parti Socialiste doit être présent.
Cette participation sera facilitée par la possibilité d’être à la fois associé à la vie du PS et membre d’un autre mouvement. Elle sera confortée par la décentralisation de notre organisation. Nous proposons que le choix de nos candidats à toutes les élections soit placé sous la responsabilité de l’échelon régional. Le transfert à ce niveau de l’essentiel des tâches administratives libérera par ailleurs nos fédérations. Et leur donnera du temps pour aller à la rencontre des gens. Dans le même esprit, pourquoi ne pas ouvrir nos Conseils Nationaux à des observateurs extérieurs autorisés à intervenir lors des séances pour réagir sans délai à nos propositions ou prises de positions ?
2. Placer les militants et les sympathisants au cœur du fonctionnement du parti.
Le PS doit désormais considérer ses adhérents comme une richesse et plus comme de « bons petits soldats ». Il regorge de militants aux parcours passionnants, qu’ils soient professionnels, syndicaux ou encore associatifs. Chaque militant arrive ainsi au PS avec des savoir-faire, des connaissances, des compétences qui sont bien souvent ignorés et sous-utilisés. Ne devrait-on pas commencer par lui demander, dès son adhésion, ce qu’il sait et souhaite faire ? Chaque adhérent ne devrait-il pas être valorisé pour ce qu’il peut apporter ? Le rôle des responsables de sections doit aussi être de mobiliser les talents qui sommeillent dans nos structures.
La formation des militants doit constituer l’une des missions premières du parti. Militer, c’est en effet plus que la mobilisation électorale et le vote en section. Or, si la formation des cadres fédéraux grâce à l’Université permanente a fait ses preuves, force est de constater que tout reste à faire pour que la formation des militants devienne une réalité. Chaque fédération devra donc mettre en place une Université permanente fédérale dotée d’un programme de formation sérieux et continu et s’engager à organiser quatre sessions thématiques annuelles de formation, en apportant une attention toute particulière à la diversité des lieux où seront dispensées ces formations. Au niveau national, deux sessions annuelles de formation seront proposées, que suivront ensemble militants ayant bénéficié des sessions locales et formateurs de ces sessions. La richesse du réseau de nos élus et collaborateurs pourrait être utilement mise à contribution pour ce programme ambitieux de formation des militants.
Transformer notre manière de communiquer en adaptant nos messages à la nouvelle donne numérique. La campagne numérique de François Hollande a été un grand succès et a montré le chemin d’une utilisation intelligente, active et tournée vers les militants et les sympathisants des nouveaux outils de communication. Les potentialités de ces outils doivent continuer à être exploitées activement par le Parti, y compris en dehors des temps de campagne. Par exemple, la création de sections thématiques déterritorialisées, virtuelles, sera rendue possible. L’usage des outils informatiques devrait également contribuer à cibler les zones et territoires où le PS est absent.
Ce type d’outil nous permettra d’envisager la mise en place d’un référendum d’initiative militante, qui pourrait être organisé en coopération avec les autres partis socialistes européens.
3. Dépasser le système actuel des motions.
Comment impulser une dynamique de changement qui bouleversera les habitudes d’un parti aujourd’hui ankylosé par ses courants ? En rompant avec la règle généralisée de la proportionnelle, qui n’est plus que l’instrument de la préservation des clans.
Nous ne plaidons pas pour la disparition des sensibilités comme lieu de rassemblement et d’expression de différentes opinions politiques et intellectuelles. Mais leur rôle ne doit plus concerner la sélection des candidats à la direction ou aux fonctions électives.
Le choix des nouveaux dirigeants et des candidats aux fonctions électives doit au contraire reposer sur un ensemble des critères tels que le non-cumul des mandats en nombre et dans le temps, la parité, la diversité des profils et des origines, le renouvellement indispensable à la vitalité d’une grande organisation. Nous proposons, d’ores et déjà, un principe simple : tout candidat à des fonctions de direction ou à l’investiture doit être directement désigné par les militants. Ainsi, dans certaines grandes villes, pourrait-il être envisagé d’organiser des primaires ouvertes pour les élections municipales. Par ailleurs, pourquoi ne pas remplacer la méthode surannée des motions supposées couvrir tous les sujets, par un vote par thème, garant de la clarté des orientations politiques et de l’adhésion des membres ?
Pourquoi ne pas soumettre aux votes des Congrès uniquement les points de désaccord subsistants entre les différentes contributions à l’issue d’un processus approfondi de débat ?
Pourquoi ne pas transformer l’Université de La Rochelle en conférence nationale annuelle, lieu de travail et de débat ? Dans cette assemblée appelée à se prononcer sur la position que prendra le parti sur l’ensemble des dossiers d’actualité ou à venir, le poids des adhérents pourrait être garanti par un principe simple : un représentant élu par section.
Pourquoi, enfin, ne pas inverser le principe de représentation au sein du Conseil National : 2/3 de ses membres pourraient être élus directement par les militants, l’autre tiers étant constitué à la proportionnelle de représentants des sensibilités ? Ainsi cette démocratie semi-directe assurerait-elle la participation de tous et la sincérité des votes, en dépassant l’influence et la captation du pouvoir par les anciens courants et leurs dirigeants.
COMPRENDRE, DÉBATTRE, DÉCIDER : FAIRE TOMBER LES TABOUS !
1. Assumer la fonction idéologique du parti.
Notre objectif ultime est de renouveler le projet politique du PS et de trouver les moyens économiques de transformer la crise actuelle en une opportunité pour rebondir. La crise est globale, la réponse que nous devons lui apporter doit être globale, idéologique, au sens où elle engage la conception du monde dans lequel nous voulons vivre.
Le paradoxe est que nous devrons commencer par aborder ces questions sans présupposé idéologique et sans tabous. Il faudra peut-être s’interroger sur les fondements de la pensée unique, quasi dogmatique, du libéralisme. Nous voulons pouvoir remettre en cause les consensus apparents de l’économie de marché, de l’hyper libéralisme, et de la logique capitalistique, qui privilégie toujours le profit à court terme sur l’avenir.
Plus largement, le PS devra s’atteler à apporter des réponses aux grands sujets qui travaillent notre société : la laïcité, l’écologie, l’immigration, le projet européen, l’entreprise, le système de protection sociale et l’insécurité, l’autonomie de la jeunesse, le traitement des inégalités à la racine, dès la petite enfance. Le PS devra également renouer avec l’ensemble des classes populaires, notamment avec la France périurbaine. Chaque Congrès devra arrêter un programme de travail permettant d’anticiper les grands débats qui traversent notre société, et d’aider le PS à s’y préparer.
Pour ce faire, point de solution de facilité. Il faut reprendre le travail intellectuel, le vrai, celui qui demande du temps. Le temps de lire ; le temps d’écouter (mais aussi de confronter nos points de vue avec) les intellectuels et universitaires, les syndicats et organisations professionnelles, les associations dans leur diversité, et finalement tout citoyen porté sur le débat d’idées ; le temps d’écrire, de confronter, de débattre, de synthétiser ; le temps de traduire enfin le produit de la réflexion idéologique en langage politique et programmatique.
Penser la société et son avenir exige une liberté, une capacité à accepter la critique pour ce qu’elle est : un travail intellectuel naturel et nécessaire. Penser ne peut se faire qu’en situation de confiance, ce que ne permet pas le jeu actuel des motions.
C’est pourquoi nous proposons que le Laboratoire des idées soit décentralisé à l’échelle régionale pour permettre de mobiliser experts, syndicalistes, universitaires au plus près du terrain et dans un cadre qui ne soit plus exclusivement parisien.
C’est pourquoi nous proposons que soit créée une Commission du Projet (à l’image de la Commission Fondamentale du SPD en Allemagne), instance permanente dont le rôle sera de proposer à chaque Congrès les termes d’une Déclaration Fondamentale, actualisation de notre déclaration de principes effectuée au vu des débats qui traversent notre société.
2. Jouer le jeu de l’Europe.
Ce retour aux idées ne peut s’envisager dans un cadre purement hexagonal.
Le PS doit intégrer la dimension européenne, non seulement dans ses discours et ses programmes, mais dans sa structure même. Comment, en 2012, le PS peut-il encore comprendre l’Europe comme une sous-catégorie de l’International ?
Un secrétariat national à l’Europe – et uniquement dédié à celle-ci – devra être créé. Il aura pour tâche de travailler au quotidien avec le Parti socialiste européen et les partis frères en Europe. D’autre part, est-il acceptable que les délégués du PS au Congrès du PSE soient désignés la veille, sur un coin de table ? Nos délégués devront être désignés par un vote des militants, comme cela est le cas pour le SPD.
Enfin, au nom de quel paradoxe le PS se dit le défenseur du projet européen tout en ne relayant auprès de ses militants aucune information, document ou campagne du PSE ? Les partis politiques nationaux ont une responsabilité première dans l’avènement d’un espace public européen, étape nécessaire pour une démocratie européenne digne de ce nom. Faisons du PS un parti à la pointe de ce mouvement pour l’Europe.
EXEMPLARITÉ, PARITÉ, COLLEGIALITÉ À TOUS LES ÉTAGES !
Le changement devra s’accompagner du respect d’une véritable éthique, collective et individuelle. Comment prétendre incarner un autre mode de fonctionnement de la société, plus respectueuse et plus solidaire, alors que notre vie interne illustre les principes les plus contestables de l’ultra-libéralisme : hyper-individualisme, compétitions entre les dirigeants, valorisation exclusive des rapports de force ? Un parti qui a fondé ses valeurs autour de l’idéal démocratique se doit de le reproduire dans son organisation interne.
Ainsi faudra-t-il mettre fin, effectivement, au cumul des mandats, valoriser la transparence et sanctionner sans hésitation celles et ceux dont les comportements seraient à l’opposé des valeurs que nous défendons. Nous proposons l’élaboration d’une charte éthique que chaque adhérent lors de son adhésion, chaque responsable lors de son élection, serait invité à signer.
Enfin, il faudra en finir avec les pratiques d’un autre siècle. Les soupçons de fraude lors du congrès de Reims en novembre 2008 et lors du vote de désignation du Premier Secrétaire ont pu discréditer le parti aux yeux de ses sympathisants et les dissuader de devenir adhérents. Au contraire, le recours, lors des primaires ouvertes d’octobre 2011, à une Haute Autorité des Primaires pour contrôler les opérations électorales et en proclamer les résultats a permis d’écarter tout soupçon, et d’attirer près de trois millions de nos sympathisants.
C’est pourquoi le Parti Socialiste doit se doter des moyens qui lui permettront, à chaque échéance, de garantir l’honnêteté des scrutins. Chaque adhérent devrait, avant de voter, devoir justifier de son identité à l’aide d’une pièce d’identité officielle (passeport, carte nationale d’identité, permis de conduire). Nous proposons également la mise en place d’une Haute Autorité du scrutin au niveau national pour chaque vote important, ou l’instauration d’un contrôle des votes par un huissier de justice, comme cela est fait dans nombreux grands partis européens.
Le changement ne sera pas possible sans une nouvelle approche des responsabilités au sein même de notre parti. La collégialité, la parité devront devenir la règle. C’est pourquoi nous proposons qu’à chaque étage du parti la responsabilité soit partagée paritairement entre un homme et une femme. Ce qui nous permettra de lutter contre la personnalisation et de favoriser une conception partagée des responsabilités.
Enfin la question de la représentation de la jeunesse dans nos instances doit être posée. Celle-ci doit-elle continuer d’être regroupée dans une organisation autonome, le Mouvement des Jeunes Socialistes ? Au nom de quoi les jeunes militants ne pourraient-ils pas prendre pleinement leur part dans de la vie du Parti dès 15 ans ?
SE DONNER LES MOYENS DU CHANGEMENT !
Il est vain d’attendre des écuries qu’elles se réforment d’elles-mêmes. Comment y parvenir sinon en se dotant d’une équipe de direction, paritaire, élue avant le Congrès pour que sa légitimité ne doive rien aux courants, mais tout aux militants qui l’auront choisi sur un contrat clair de rénovation ? Comment y parvenir sinon en se dotant d’une Direction qui s’engagerait à remettre son mandat à la disposition des militants après chaque élection nationale, afin de ne plus transiger avec le principe de responsabilité ?
Parallèlement, et pour prévenir toute personnalisation excessive, nos organes démocratiques devront être renforcés et revalorisés. Le Conseil national devra se réunir à date fixe, sous des ordres du jour détaillés et à partir de rapports engageant la Direction. De véritables commissions devront préparer nos délibérations. En bref, nous devons donner l’image et l’exemple d’une véritable démocratie parlementaire.
Les solutions que nous préconisons ne sont que l’esquisse des changements à opérer. Ceux-ci devront être discutés et précisés par les militants et les sympathisants eux-mêmes. C’est pourquoi nous proposons de constituer, à l’issue de ce Congrès, un « Conseil du Changement » chargé de mettre en forme ces orientations et qui serait composé de militants et de sympathisants tirés au sort, à l’instar des jurys citoyens ou de la commission constitutionnelle finlandaise. Il s’agira d’une innovation puissante traduisant notre confiance dans celles et ceux qui travaillent dans le PS ou à ses côtés.
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Notre conviction est que la Gauche ne pourra réussir si elle ne se donne pas pour ambition de se renouveler, de changer ses pratiques politiques, de démocratiser le fonctionnement de ses organisations. Pas de nouvelle société sans nouvelle citoyenneté. Et pas de nouvelle citoyenneté sans un nouvel engagement militant responsabilisé et respecté. C’est ce débat que nous voulons ouvrir. C’est ce débat que notre prochain Congrès devrait aider à trancher.
Il est temps que de nouvelles voix se fassent entendre, que de nouvelles portes s’ouvrent et que le PS change à son tour pour mieux changer notre pays ! C’est ainsi que nous retrouverons le plaisir de débattre et de travailler ensemble !
Changer le PS, c’est aider le changement !

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